Comme promis, voici aujourd’hui un extrait de l’interview de Clara Gaymard, réalisée pour « Portraits de femmes issues de grandes écoles » (Ed. Studyrama). Diplômée de Sciences Po (81) puis de l’ENA (86), la présidente et CEO de GE en France est aussi connue pour sa carrière que pour être mère de neuf enfants agés de 14 à 25 ans.
Si cette interview fut l’une des plus courtes qui me fut accordée pour cet ouvrage, je remercie Clara Gaymard pour sa grande franchise lors de l’entretien. Un concentré de souvenirs et de sentiments sur une carrière qu’il ne fut pas aisé de bâtir tant le regard extérieur sur son statut de mère de famille nombreuse fut souvent pesant voire, un brin accusateur…
Petit extrait.
« A l’ENA, nous avions toutes l’illusion d’être sur la même ligne de départ que les hommes…»
Lorsque le nom de Clara Gaymard surgit dans les conversations, c’est tout autant pour souligner une brillante carrière qui l’a menée tout en haut de la hiérarchie du Groupe General Electric en France et à l’international que pour rappeler sa farouche volonté de construire en parallèle à ce parcours une famille comme il en existe peu. Mère de neuf enfants âgés de 14 à 25 ans, Clara Gaymard a cependant dû défendre ce choix tout au long de sa vie et mener son lot de combats…
A quel moment les premières difficultés ont-elles surgi ?
En début de carrière, les maternités sont le premier frein. Je me souviens avoir été rétrogradée dans mon avancement à la Cour des Comptes par mon Président de Chambre, pour cause de grossesse. Evidemment, j’aurai pu faire un recours au Conseil d’Etat, mais j’ai préféré m’incliner.
Quand j’étais Conseiller Commercial en Egypte, et que j’ai attendu mon cinquième enfant, je me suis entendue dire qu’on allait me supprimer la prime d’expatriation, soit une partie importante de mon salaire, pendant la durée du congé légal ! J’ai fait savoir que je n’avais pas pris ce congé puisque que je suis retournée travailler au bout de six jours. Je pense qu’heureusement, ces pratiques ont changé aujourd’hui.
Vous avez cependant dû manquer certaines opportunités professionnelles…
J’ai bien sûr manqué certains postes, comment pourrait-il être autrement ? Je me souviens avoir candidaté pour un poste de direction au Ministère des finances. . Mais le ministre de l’époque m’avait reçu pour m’expliquer qu’il s’agissait d’une mission aux lourdes responsabilités, avec beaucoup de voyages, bref, trop lourd pour une femme, mère de famille nombreuse. … Il avait conclu « Ne le prenez pas mal, c’est pour votre bien. »
Mais au fond, ce ministre pensait-il à mal ?
Le problème est que nous vivons dans un monde d’hommes qui sont machistes mais sans s’en rendre compte. Ils sont charmants, mais ils conservent le vrai pouvoir et n’ont aucune intention de le lâcher. Certains vivent par ailleurs avec des femmes qui ne travaillent pas et ne sont donc pas habitués à d’autres modèles. Il y a une force d’inertie terrible. Regardez autour de vous… Les femmes de pouvoir sont pour la plupart héritières, entrepreneuses, ou à la tête d’entreprises étrangères. Où sont les patronnes dans le CAC 40 ? Il n’y en a pas ! Si le « middle management » s’est un peu féminisé, les sphères de pouvoir restent entre les mains des hommes et nous sommes les arbres qui cachent la forêt.
